Tunisie : les banques privées suspendent les crédits de plus de 15 ans

Les banques privées tunisiennes auraient décidé de suspendre l'octroi de crédits d'une durée supérieure à 15 ans afin de préserver leurs bénéfices, a annoncé Reuters le 11 avril. Cette mesure intervient après l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi réduisant les coûts d'emprunt et risque de compliquer davantage l'accès aux prêts immobiliers.
Citant plusieurs sources au sein de différentes banques privées tunisiennes, l'agence de presse Reuters a rapporté, le 11 avril, la décision de ces établissements de cesser l'octroi de prêts d'une durée supérieure à 15 ans.
Cette décision viserait à réduire les risques financiers liés aux prêts à faible coût, susceptibles d’augmenter la pression sur les banques et de diminuer les dividendes attendus par les actionnaires.
Des consignes orales
Toutes les sources citées affirment que les consignes données pour suspendre l'octroi de prêts à taux fixe supérieurs à 15 ans ont été transmises oralement.
En effet, des instructions écrites pourraient servir de preuve et exposer les banques concernées à d’éventuelles sanctions de la part des autorités financières. Les autorités tunisiennes ont imposé de nouvelles règles en matière de crédit, dont l'application a débuté en janvier dernier.
Ces mesures visent à soutenir les ménages face à la crise économique grandissante et à rendre le crédit plus accessible aux Tunisiens en réduisant son coût.
Selon l'analyste financier et ancien directeur de la politique fiscale à la Banque centrale, Mohamed Souilem, cette décision des banques privées constitue une réponse directe aux nouvelles régulations. Il estime qu’elle va compliquer davantage l'accès des Tunisiens aux crédits immobiliers.
Une décision qui va à l'encontre de la politique du président Saïed
Dans un contexte de crise économique, cette décision des banques privées risque d’attiser les critiques – déjà acerbes – du président Kaïs Saïed à l'encontre du secteur bancaire.
Ce dernier a régulièrement accusé les banques de réaliser d'importants profits, d’offrir des services trop coûteux et de ne pas contribuer suffisamment à l'effort national de redressement économique.
En février 2024, le Parlement tunisien a adopté un amendement permettant à la Banque centrale de Tunisie (BCT) d'accorder des prêts directs au gouvernement. Les banques privées avaient alors été critiquées pour avoir engrangé d’importants bénéfices en finançant le Trésor public à des taux jugés excessifs.