Suppression de l’abattement fiscal des retraités : une mesure contestée pour renflouer les caisses

Envisagée pour le budget 2026, la suppression de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions suscite un vif débat. Si elle promet des économies, elle touchera une population de retraités jalouse de ses privilèges, ravivant les tensions intergénérationnelles.
Dans un contexte d’urgence budgétaire, avec un déficit public à 5,8 % du PIB en 2024, le gouvernement français explore des pistes pour réduire les dépenses. Parmi elles, la suppression de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite, en place depuis 1977, fait polémique. Cette mesure, dont bénéficierait 14,9 millions de ménages pour un coût de 5 milliards d’euros, est jugée coûteuse et inéquitable par certains, mais essentielle par d’autres. Le débat ravive les tensions générationnelles en France.
Des retraités privilégiés mais bien défendus
Cet abattement, plafonné à 4 399 euros en 2025, réduit automatiquement l’impôt sur le revenu des retraités, à l’image de la déduction pour frais professionnels des actifs. À l’origine, il visait à compenser la pression fiscale ressentie au passage à la retraite. Mais aujourd’hui, la Cour des comptes critique son caractère inégalitaire : près de 30 % de son montant profite aux 10 % des ménages les plus aisés, avec un gain pouvant atteindre 1 855 euros par an pour les plus riches. « Ce traitement favorable des retraités aisés ne répond à aucune justification de politique publique », tranche le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO). La ministre des comptes publiques Amélie de Montchalin a de son côté estimé dans un contexte de disette budgétaire : « On ne redressera pas la France avec des postures », évoquant la nécessité d’avoir recours au compromis.
On ne redressera pas la France avec des postures.
— Amélie de Montchalin (@AdeMontchalin) April 20, 2025
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Faute de justification de politique publique, la défense de cette niche a un intérêt électoral certain dans une société vieillissante où le vote des retraités intéresse vivement les élus. Ainsi le candidat à la présidence des Républicains (LR) Laurent Wauquiez s’est-il placé en défenseur des retraités en affirmant qu’il était « hors de question » de revenir sur l'abattement fiscal. Il estime plus judicieux de s’en prendre aux dépenses publiques et à « l’assistanat ».
La ministre des Comptes publics envisage d’augmenter de 10% l’impôt des retraités. Je l’ai dis et je le redis, c’est hors de question. Coupons dans les dépenses publiques et notamment l’assistanat plutôt que d’accabler toujours les Français d’impôts. https://t.co/rbxKQnQJRp
— Laurent Wauquiez (@laurentwauquiez) April 20, 2025
La suppression totale de cet abattement rapporterait environ 4 milliards d’euros par an, selon Gilbert Cette, président du Conseil d’orientation des retraites. Une version plus modérée, préconisée par la Cour des comptes, consisterait à fusionner cet abattement avec celui pour les plus de 65 ans modestes, ciblant ainsi les foyers les plus riches pour un gain d’au moins 1,3 milliard d’euros.
8,4 millions de retraités pourraient voir leur impôt augmenter, et environ 500 000 deviendraient imposables. Sachant que les retraités sont très mobilisés lors des élections, ces chiffres revêtent un intérêt certain pour les partis politiques.
Des syndicat patronaux et de salariés, comme le Medef et la CFDT, y voient une contribution équitable des retraités les plus fortunés à l’effort national. À l’inverse, la CGT, FO et d’autres syndicats dénoncent une mesure punitive, estimant qu’elle frapperait des retraités aux revenus modestes, notamment ceux vivant seuls avec moins de 3 600 euros par mois. L’UNSA-Retraités souligne que cet abattement n’a pas de lien avec les frais professionnels et vise à éviter la sous-déclaration des pensions.
Politiquement risquée, cette mesure pourrait mécontenter une large part de l’électorat. Face à ces tensions, alors que la question de la réforme des retraites demeure très sensible, le gouvernement devra arbitrer entre impératifs budgétaires et justice sociale, tout en évitant de stigmatiser une population déjà sensible aux réformes fiscales.